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Naissance des Services Secrets Algeriens au Maroc

 
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MessagePosté le: Dim 7 Juin - 14:01 (2009)    Sujet du message: Naissance des Services Secrets Algeriens au Maroc Répondre en citant


ENTRETIEN AVEC LE COLONEL ALI HAMLAT, ALIAS EL HADI, ALIAS YAHIA


réalisé par Mohamed Chafik Mesbah et publié par le quotidien LE SOIR D'ALGERIE des 23 et 24 Juin 2008
De manière paradoxale, la publication de ce témoignage doit beaucoup à un universitaire algérien qui, dans les idées qu’il développe, ne fait pas secret de son hostilité à l’institution militaire et aux services de renseignements en Algérie. Il lui est parfaitement loisible de professer de telles idées, ce n’est pas cet aspect des choses que je lui reprocherais. Dans l’examen de questions aussi sensibles, je l’aurais, volontiers, invité à plus de discernement grâce à une rigueur méthodologique plus éprouvée. En tous les cas, c’est bien par le biais de la lecture critique de l’entretien accordé par Addi Lahouari, durant l’hiver 1999, à l’organe disparu du FFS Libre Algérie, que j’en suis arrivé à rédiger ce témoignage. 
Examinant les rapports entre le président de la République Abdelaziz Bouteflika et l’Armée Nationale Populaire, l’auteur s’était livré, dans cet entretien, à des raccourcis excessifs qui ne reposaient ni sur une argumentation sérieuse ni sur des preuves probantes. Ainsi, notre auteur pour étayer, faussement, un présupposé (M. Abdelaziz Bouteflika fait partie du Malg, les services de renseignements durant la guerre de libération nationale) cultive-t-il l’amalgame entre les structures militaires de la Wilaya V et le Malg, proprement dit.Cela constitue, déjà, une contre-vérité historique. De manière plus contestable, cependant, c’est l’aspect moral des propos développés par notre auteur qui a le plus retenu mon attention. Addi Lahouari qui, sans les appuyer de preuves irréfutables, s’était livré à des jugements de valeur intempestifs sur les cadres de ce fameux Malg énonçait, avec force assurance, que «ces fameux enfants de Boussouf («les Boussouf’s boys») voyaient des traîtres partout et nourrissaient une haine pour les élites civiles». A la lecture de cette sentence, c’est l’image du Commandant Ahmed Zerhouni (Ferhat), depuis disparu, qui s’était imposée à mon esprit. Pour ne pas avoir toujours adhéré aux points de vue de cet ainé, je ne saurais lui dénier, cependant, ses qualités d’intelligence, de disponibilité aux activités de l’esprit ni occulter les relations d’harmonie qu’il entretenait avec une partie importante de l’élite intellectuelle du pays. Convaincu que la sentence prononcée énoncée par Addi Lahouari ne correspondait pas, au moins, au cas de l’officier que je viens d’évoquer, je fus amené à m’intéresser, globalement, à l’encadrement des services de renseignements algériens en tentant de recueillir des informations sur l’origine sociale de ceux qui en ont été l’ossature, sur leur cheminement intellectuel et leur itinéraire intellectuel. Les recherches effectuées ont permis de recueillir des données pertinentes sur le caractère éminemment intellectuel de la démarche qui, dès le départ, avait inspiré les fondateurs des services de renseignement algériens. Il s’agissait de regrouper dans un cadre organisé l’élite du pays, de lui faire subir une formation politique et militaire appropriée pour consolider en elle le sentiment patriotique et encourager les facultés d’analyse, puis de lui confier les tâches complexes qu’il fallait assumer dans le cadre de la confrontation ouverte avec la puissance coloniale. Des premiers pas du processus, c'est-à-dire depuis la mise en place des structures de la Wilaya V jusqu’à l’achèvement, en apothéose, de la mission confiée au Malg, la dimension intellectuelle n’a jamais été absente dans les activités de renseignements en Algérie. Ce témoignage vise, précisément, à corriger une injustice largement cultivée à l’encontre de ces «soldats de l’ombre» en levant le voile sur cette première promotion des cadres de la Wilaya V, dont les membres ont, effectivement, constitué, pour la plupart, l’ossature du Malg. Sur l’origine des stagiaires de cette promotion, le degré de leur engagement, la qualité de l’enseignement dispensé et le mode d’organisation des cours théoriques ainsi que la nature de la préparation militaire subie, ce sont les membres de la promotion eux-mêmes qui, légitimement, témoignent. Le Colonel El Hadi n’est, en réalité que le porte-parole de tous ses compagnons dont le témoignage, chaque fois que possible, a été recueilli. Il s’agit bien d’un témoignage collectif même s’il s’exprime par la bouche d’un témoin particulier. Il est souhaitable que ce premier essai soit suivi par d’autres tentatives destinées à reconstituer le fond commun de l’histoire nationale, y compris ses aspects liés aux activités de renseignements. C’est à ce prix que l’Algérie pourra réconcilier sa jeunesse et la convaincre de s’inspirer avec fierté du combat de ses ainés. A Belaïd Abdesslam qui était en charge de l’enseignement relatif à l’histoire du mouvement national algérien, Abdelhafidh Boussouf avait notifié cette brève consigne : «Ces jeunes combattants doivent comprendre que le Premier Novembre n’est pas tombé du ciel». Que nos jeunes comprennent que rien ne leur aurait été acquis sans le sacrifice de leurs aînés. C’est ainsi que se perpétue l’esprit de défense qui fonde les grandes nations.
Mohamed Chafik Mesbah : Je vous salue amicalement, Colonel Hamlat, vous qui êtes plus connu sous le pseudonyme de Si Yahia. Je vous remercie d’avoir accepté d’accomplir ce devoir de mémoire qui doit, notamment, nous éclairer sur l’apport de l’élite intellectuelle du pays à la guerre de Libération nationale. C’est bien de cela qu’il s’agit puisque notre entretien porte sur l’histoire de la première promotion des cadres de la Wilaya V, composée d’étudiants et de lycéens et organisée par le défunt Colonel Abdelhafidh Boussouf, durant les premières années de la guerre de libération nationale…
Ali Hamlat :
Oui, c’est une promotion particulièrement intéressante dont l’histoire gagne à être portée à la connaissance des Algériens. Notez, cependant, que je me soumets à l’exercice avec la condition expresse que les informations dont je fais état au cours de cet entretien soient validées par d’autres compagnons qui doivent conserver d’autres souvenirs des choses à propos des conditions de déroulement de cette promotion .Cette promotion est intéressante en ce qu’elle illustre, notamment, l’aboutissement d’une démarche intellectuelle laborieuse. Une démarche initiée par le défunt Si Abdelhafidh Boussouf (Si Mabrouk) lequel, tout homme de pouvoir qu’il n’était pas, était très pragmatique. Nationaliste et militant déterminé de la cause nationale, Abdelhafidh Boussouf avait décidé, donc, de créer, en Wilaya V, une école destinée à pourvoir l’ALN en cadres de qualité, intellectuellement outillés et militairement formés. Cette décision est le résultat d’un examen attentif de l’évolution de la lutte révolutionnaire, tout particulièrement, du système de guerre qui, de manière empirique, se mettait, progressivement, en place. La démarche ne sortait pas des laboratoires d’une école savante de type académique. C’est à l’épreuve du terrain, suffisamment tôt toutefois, que Abdelhafidh Boussouf s’était rendu compte qu’il fallait anticiper sur les évènements, qu’ils fussent d’ordre politique ou militaire. Sur le plan militaire, tout d’abord, Abdelhafidh Boussouf s’était rendu compte qu’il ne suffisait pas d’avoir un fusil et d’être armé de sentiments patriotiques pour gagner une guerre d’indépendance. Abdelhafidh Boussouf s’était rendu compte que le fusil ne pouvait pas, à lui seul, ramener la victoire. La victoire exigeait l’apport des étudiants et des intellectuels, c’est-àdire de la sève intellectuelle. Je veux dire qu’Abdelhafidh Boussouf avait très vite compris que si la guerre révolutionnaire devait s’appuyer sur la masse, la victoire était subordonnée à l’implication de l’élite. Sur le plan militaire, justement, Abdelhafidh Boussouf avait pris acte que le moudjahed avait certes rapporté un certain nombre de résultats mais qu’ils étaient restés, hélas, inexploités. La raison ? L’absence de cette sève intellectuelle qui donne de la valeur ajoutée au résultat brut.
Et sur le plan politique ?
Je n’en ai pas terminé avec l’aspect militaire. Abdelhafidh Boussouf avait, en fait, compris que, dans la conduite d’une guerre révolutionnaire, la victoire militaire tenait, principalement, à la disponibilité d’une base arrière. Une base d’appui pour, à la fois, organiser le soutien logistique aux opérations militaires menées à l’intérieur et assurer la formation des cadres nécessaires au combat. Le commandement de la Wilaya V, la wilaya la plus étendue du territoire national, a disposé, en effet, rapidement de possibilités inattendues pour le développement de l’action révolutionnaire, sans pouvoir en tirer profit sur-le-champ. Pour preuve, les réseaux de transmission de l’armée française étaient très développés, avec donc des possibilités importantes d’intrusion de la part de l’ALN mais celle-ci était démunie de moyens techniques et de cadres rompus à l’utilisation des équipements, le recueil de l’information et, surtout, son exploitation. Au fur et à mesure du déroulement de la guerre de libération, il apparaissait combien le développement du réseau militaire français de transmissions offrait de possibilités. Il fallait, donc, dans un premier temps, organiser les réseaux d’écoute radio, c’était capital. C’est le commandant Omar Tellidji, originaire de Laghouat, qui a joué dans ce domaine, un rôle important parallèlement au développement des réseaux de liaisons générales. C’était un déserteur des rangs de l’armée française, officier des transmissions au sein d’une unité militaire stationnée au Maroc. Approché par Si Abdelhafidh Boussouf, il avait accepté d’accomplir son devoir national en rejoignant les rangs de l’ALN. Avec l’aide de certains intellectuels algériens originaires d’Oujda dans un premier temps et, dans un deuxième temps, avec d’autres Algériens qui résidaient au Maroc, il a réussi à former une série de promotions de techniciens et d’opérateurs des transmissions. Les Français se trouvèrent alors rapidement, face à des unités militaires de l’ALN parfaitement équipées en moyens de transmissions. Ceci n’est pas une digression inutile puisque la formation des cadres de la promotion Larbi Ben M’hidi était, notamment, destinée à former des cadres capables d’exploiter la masse d’informations recueillies par l’écoute échangées entre unités de l’armée et entités de l’administration françaises. Pour recadrer, cependant, le sujet par rapport à la promotion Larbi Ben M’hidi, il faut mettre en évidence deux autres contraintes militaires apparues au niveau de la Wilaya V et liées au développement de la guerre de Libération nationale. La première concernait la mission de contrôle au sein des unités de l’ALN. Ce contrôle était indispensable pour maîtriser l’évolution de la lutte armée et répondre aux exigences du combat et du commandement. D’autant que la qualité de l’encadrement militaire des unités était à parfaire au regard des faibles qualifications des moudjahidine de la première heure. La seconde se rapportait à la nécessité d’exploiter utilement la masse d’informations recueillies. En résumé, la première promotion des cadres de la Wilaya V avait pour but de former des officiers capables, d’une part , d’assurer le contrôle interne des unités de la Wilaya V et, d’autre part, d’exploiter, rationnellement et efficacement, les informations recueillies par tout moyen disponible. En rapport avec les transmissions, mais aussi des informations recueillies auprès de prisonniers et toute autre source susceptible d’améliorer notre capital documentaire.
Cette promotion ne visait pas des objectifs politiques ?
Il ne faut pas déformer la réalité. Les impératifs opérationnels étaient prédominants dans la formation qui nous avait été dispensée. Nous avions vocation à devenir des officiers de renseignements en charge du soutien opérationnel et de l’inspection des unités de l’ALN dans la Wilaya, Abdelhafidh Boussouf tenait, cependant, à ce que les cadres de la Révolution soient bien formés politiquement aussi, afin de pouvoir comprendre les enjeux de la lutte qui était engagée. Avait-il un autre objectif qu’il n’avouait pas ? Abdelhafidh Boussouf songeait, probablement, à faire des cadres de cette promotion un des noyaux de l’encadrement politico-administratif de la future Algérie indépendante. Non point dans le but d’accaparer le pouvoir mais, plus prosaïquement, dans le but de fournir à l’Algérie indépendante des cadres de qualité, capables de faire face aux défis que poserait son développement. Laroussi Khelifa, le directeur de stage, nous répétait volontiers avec une manière particulière de prononcer le t : «Vous êtes les futurs ministres de l’Algérie indépendante !»
Vous avez parlé de techniciens de transmissions formés à l’initiative du commandant Omar Tellidji. Il semblerait que la promotion Larbi Ben M’hidi n’ait pas été la première promotion de cadres formés en la Wilaya V ?
Oui, vous songez, probablement, à ce qui fut appelé la Commission de contrôle et d’information, une promotion de contrôleurs formée durant l’été 1956 et dont les membres eurent à exercer des fonctions de commissaires politiques. Le directeur de stage était si Abdelhafidh Boussouf luimême. La promotion, de composition mixte, comportait, selon les informations dont je dispose, dix-neuf membres dont huit jeunes filles. Ne vous méprenez pas sur cette mixité. Rien d’extraordinaire, la Wilaya V a compté bien des héroïnes comme Saliha Ould Kablia, tombée au champ d’honneur les armes à la main dans la région de Mascara en 1956. Notez, plutôt, sens politique évident, que les moudjahidate de cette promotion avaient pour mission de s’enquérir de l’état d’esprit de la femme rurale face aux contraintes de la lutte armée. C’était un travail d’auscultation politique et psychologique des entrailles de la population. Les membres de cette promotion étaient tous d’un niveau de formation secondaire. Seize d’entre eux ont été dépêchés sur le territoire de la Wilaya V pour le contrôle des zones, une inspection multiforme comme je l’évoquais. Parmi les membres de cette promotion, citons, notamment, les noms de Hadjadj Malika, Miri Rachida, Hamid Ghozali, Abdessmed Chellali, Berri Mustapha, Mohamed Semache et Kerzabi Smail. La durée de cette formation, faut-il le souligner, a été d’un mois, plus courte, comme vous le voyez, que pour la promotion Larbi Ben M’hidi. Pour cette promotion de 1956 que vous évoquez, il serait intéressant, sans doute, de reconstituer son programme de formation et de recueillir le témoignage de ses membres. Elle participe, probablement, de cette démarche éclairée d’Abdelhafidh Boussouf en direction des jeunes intellectuels du pays.
Revenons à la promotion Larbi Ben M’hidi proprement dite. Comment s’est effectué le choix de ses membres et quel a été le mode de leur regroupement?
Un appel à la mobilisation des étudiants avait été lancé par le commandement général de la Wilaya V après la grève de l’Ugema. Si les étudiants de cette promotion provenaient de familles d’Algériens installées au Maroc, la composition était, cependant, assez diversifiée. Certains stagiaires venaient d’Alger ou de France. Nous comptions parmi nous Ouali Boumaza (Tayeb), un jeune lycéen d’Alger qui fera trembler l’Etat français, lorsque, grâce au réseau de renseignement qu’il avait tissé à Paris, il put accéder, lors des négociations pétrolières menées avec la France, aux documents classifiés du Quai d’Orsay. La caractéristique générale pour ces membres de la promotion Larbi Ben M’hidi résidait dans leur niveau intellectuel. Ils étaient tous lycéens et, pour certains, bacheliers. Autrement, il fallait, simplement, être un Algérien animé de sentiments patriotiques pour faire partie de notre promotion. A cette époque, ce n’était pas ce qui manquait dans un mouvement parfaitement organisé à l’intérieur des villes marocaines dans le cadre de l’Ugema, elle-même contrôlée par l’organisation FLN du Maroc.
Dans quel état d’esprit ces étudiants et ces lycéens ont rejoint leur lieu de mobilisation ?
Certes, ces lycéens et étudiants vivaient, au Maroc, dans des conditions de vie parfaitement pacifiques et heureuses. Des conditions qui étaient tout à fait déséquilibrées, cependant, par rapport à celles de leur peuple et de leurs frères étudiants qui mourraient en Algérie. Répondre à l’appel de l’ALN c’était pour eux la possibilité de rétablir cet équilibre perdu. Aucun d’entre nous ne s’est trouvé dans l’obligation de rejoindre, par la contrainte, les rangs de la Wilaya V. C’était une adhésion, totalement, volontaire. D’ailleurs, il faut souligner que les lycéens et étudiants mobilisés au titre de la promotion Larbi Ben M’hidi militaient déjà, malgré leur jeune âge, dans les structures de l’Ugema et du FLN. Cherif Belkacem, plus connu sous le nom de Si Djamel qui a appartenu à la promotion, était un responsable de l’Ugema au niveau du Maroc et il avait déjà rejoint le FLN. Notre responsable au sein de l’Ugema, dans la ville de Meknès ou je résidais, était Mahfoud Hadjadj et il relevait, déjà, de l’Organisation du FLN. En réalité, il faut remonter plus loin dans l’histoire pour comprendre notre adhésion au combat révolutionnaire. Nous étions tous des scouts et les Scouts Musulmans Algériens étaient une véritable école et une pépinière de cadres révolutionnaires. Nous apprenions les chansons patriotiques dès l’âge de 10 ans, nous apprenions à vivre en pleine campagne, sans secours. Les SMA étaient pour nous une première école patriotique avant même l’école des cadres. Tout ce contexte historique a contribué à former la conscience collective de la jeunesse algérienne.
Justement, essayons, à travers votre parcours personnel, d’illustrer l’itinéraire des membres de cette promotion. Comment avez-vous rejoint, pour votre part, le lieu de mobilisation ?
Me trouvant en déplacement à Tanger, j’avais constaté, sitôt rentré à Meknès où je résidais, que l’ensemble des éléments de la section Ugema avaient disparu. Je m’étais rendu, alors, dans un lieu où nous avions l’habitude de nous retrouver après une réunion de section de l’Ugema ou pour rassembler l’argent issu de la vente du journal El Moudjahid. Arrivé sur les lieux, j’avais eu à constater la présence, à l’abandon, des bicyclettes appartenant à mes compagnons et même le scooter qui appartenait à Ali Tounsi. J’avais compris que quelque chose d’insolite s’était produit. Je me suis renseigné auprès des familles des compagnons qui se posaient, elles aussi, des questions après la disparition de leurs enfants. Je pressentais que quelque chose se tramait. Nous savions bien qu’il était question de rejoindre le maquis mais sans autre précision. Avec l’un de mes amis Djaballah, je me souviens que nous nous sommes rendus avec mon scooter de Meknès à Rabat, au siège du FLN régional au Maroc. J’avais vu, alors, un certain Chaouch auprès duquel nous protestâmes violemment que certains d’entre nous pouvaient être favorisés par rapport à d’autres pour rejoindre les rangs de l’ALN. Nous fûmes rassurés par la promesse qu’un deuxième groupe de jeunes allait rejoindre le premier dans un délai de quinze jours. Une nuit, un bus effectua, en effet, le ramassage collectif, dans le plus grand secret, nous permettant de rejoindre nos camarades dans la maison des Benyekhlef à Oujda. Tout de suite nous étions dans le bain. Je me souviens, pour ma part, que j’avais sur moi un pistolet «récupéré» dans l’armoire d’un maître d’internat de l’extrême droite dans le lycée où moi-même j’étais, maître d’internat ou selon la formule consacrée, «pion». En fait, j’étais en classe de terminale et je préparais le baccalauréat moderne et technique.
Comment s’est déroulé votre accueil au centre de formation ?
La formation a débuté au début du mois de juillet 1957. A mon arrivée au centre, j’ai remis mon pistolet au premier responsable qui se manifesta. Je ne me souviens pas s’il s’agissait de Laroussi Khelifa. Il a fallu, ensuite, se débarrasser de ses habits civils, de ses papiers et même… de son propre nom. C’était comme si on ne s’appartenait plus. C’était quelque chose qui nous avait profondément impressionnés. Nous n’étions plus nous-mêmes. Nous étions de jeunes cadres de l’Armée de libération nationale. Le choix de pseudonymes était le corollaire de ce dépouillement de personnalité. C’était un acte symbolique mais aussi une mesure de sécurité préventive. Il ne fallait surtout pas que les autorités coloniales, civiles et militaires particulièrement présentes à Oujda, puissent avoir vent de notre présence. Connaître nos noms pouvait leur permettre de renforcer leur action sur l’ALN et de retrouver la trace de nos familles au Maroc. Et même, dans mon cas, en Algérie. Bref, le défunt Abdallah Arbaoui, l’officier de sécurité du centre, distribua de manière aléatoire les pseudonymes. J’héritais, pour ma part, du pseudonyme d’El Hadi, mais ma vie sera marquée par une longue histoire tumultueuse avec la série de pseudonymes dont je fus affublé. Nous avions été, aussitôt après, dotés d’une tenue de combat uniforme et confrontés, dès la première nuit, à l’abondance de poux.
Décrivez-nous, sommairement, les lieux successifs qui ont abrité cette formation…
En fait, il faut parler de deux lieux de formation. La formation théorique s’est déroulée dans la maison des Benyekhlef à Oujda. La formation militaire s’est déroulée dans la ferme des Bouabdallah bordant la rivière Moulouya. Commençons par la maison des Benyekhlef. C’était une construction mauresque entourée d’un mur assez haut qui ne permettait pas de voir de l’extérieur ce qui se passait à l’intérieur. Il y avait un patio avec un jet d’eau. Il y avait, également, un verveinier dont je garde un bon souvenir tant je me servais de ses feuilles pour me préparer une tisane chaque fois que j’en avais la possibilité. C’était une demeure assez vaste qui permettait d’abriter, en même temps, le commandement de l’école en bas, et les stagiaires en haut, classes et dortoirs inclus. L’édifice était carré avec un patio et un jardin au milieu. C’était à partir de ce patio que nous entretenions le seul contact avec le monde extérieur à travers le ciel que nous prenions plaisir à contempler. Commençons par le haut de la bâtisse. Il y avait une grande salle de cours où nous pouvions tous nous asseoir et travailler, même en étant serrés. Pour la partie dortoir, nous disposions de trois chambrées agrémentées de lits métalliques superposés. Je me souviens, parfaitement, de la première nuit. Je portais un tricot blanc qui, au réveil, était devenu gris à cause des poux qui pullulaient. Nous disposions de toilettes collectives avec une eau disponible en tout temps.
Les Benyekhlef avaient-ils évacué les lieux ?
Absolument. Seule est restée notre famille nourricière, les Baâmar, composée du père, de sa femme et d’un petit enfant. Nous étions gavés de lentilles, de pois chiches et de légumes secs. Nous vivions dans une clandestinité totale et je me souviens des cas rarissimes où un élément était sorti de nuit de manière tout à fait discrète pour rendre visite à un médecin et recevoir les soins d’urgence. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, l’armée française, c'est-à-dire la 30e division d’infanterie, implantée tout le long de la frontière marocaine, était particulièrement agressive, même en ville. La présence française au niveau du consulat d’Oujda se faisait lourdement sentir. Il fallait faire très attention pour éviter que notre présence ne soit éventée par les services de renseignement français. D’ailleurs, pour préserver toute tentative hostile, nous, les stagiaires, assurions des tours de garde réglementaires.
Et pour le lieu de votre formation militaire ?
Cette formation s’est déroulée dans la ferme des Bouabdallah, située en territoire marocain. L’avantage qu’elle offrait pour nous était cette possibilité de vivre à l’air libre, sans ce climat de suffocation qui pesait sur nous à Oujda. Cette ferme étant située au bord d’une rivière, la Moulouya, où nous nous sommes exercés, subrepticement, à pêcher des poissons à l’aide de menus bâtons d’explosifs dont nous disposions. C’était là l’une des rares sources de notre alimentation en protéines. Nous vivions dans des écuries, mais bien contents d’en disposer. Ces écuries nous servaient de dortoir, la salle de cours, c’était un hangar où nous pratiquions également du close combat. Nous avions confectionné une grande maquette au 1/50 000e représentant un théâtre d’opérations, en l’occurrence la zone montagneuse sur laquelle nous pratiquions nos entraînements dans le cadre de la progression sur le terrain avec même la position des pièces, des unités, des sections et des groupes de combat pour illustrer la manière dont il fallait notamment franchir les barbelés.
Cela voulait-il dire que vous étiez à l’abri d’attaques de l’armée française ?
Pas du tout. Nous devions nous déplacer sous camouflage car la reconnaissance aérienne française était quasi permanente. D’ailleurs, nous effectuions des exercices de marche de nuit au cours desquelles nous dûmes plonger dans des mares de boue pour échapper à la vue d’unités de l’armée françaises en patrouille. Je me rappelle que vers la fin de la formation militaire, le centre avait fini par être repéré par un avion d’observation français, un piper, qui nous avait survolé, moteur éteint et à très basse altitude. Nous pouvions même voir le visage du pilote alors que nous procédions à un maniement d’armes en plein air. Abdallah Araboui avait pris, le soir même, la sage décision de faire évacuer le centre qui fut détruit, le lendemain, par deux avions T6 de l’armée française. C’est vous dire que la frontière n’était pas un obstacle étanche pour l’armée française qui considérait cette partie du territoire marocain comme une zone permanente de combat.
Décrivez-nous, à présent, la composition de la promotion Larbi Ben M’hidi…
D’abord, arrêtons-nous au nombre. Le recensement effectué, in fine, par l’Association des anciens du Malg a permis de situer à soixante-douze le nombre de stagiaires de cette promotion. Pour la majorité, nous venions des classes de terminale ou de première secondaire des lycées marocains. La promotion comprenait également des membres qui étaient déjà à l’université et qui ont rejoint l’encadrement pédagogique du centre. Je me rappelle, notamment, de Noureddine Delleci, Abdelaziz Maoui et Mustapha Moughlam. Pour ce qui concerne l’origine sociale et géographique, les membres étaient tous issus de familles algériennes établies au Maroc. Ce n’était pas un choix délibéré. La Wilaya s’était retrouvée en présence d’une masse d’étudiants disponibles, volontaires, patriotes, déjà structuré au sein de l’Ugema et même du FLN. C’est tout naturellement que le commandement de la Wilaya V a recouru à ce vivier inespéré pour, d’une part, combler les besoins apparus à la lueur du développement de la lutte armée et, d’autre part, absorber l’impatience de jeunes étudiants qui, ayant observé l’ordre de grève de l’Ugema, rêvaient d’en découdre avec l’occupant colonial. Je me souviens, d’ailleurs, d’un fait important, survenu juste après le détournement de l’avion des cinq dirigeants du FLN. Nous, jeunes Algériens du Maroc, étions particulièrement révoltés par cet acte de piraterie et étions prêts à organiser des représailles, de manière autonome, sans l’accord du FLN. Je me souviens, également, de l’assassinat de notre voisin et ami, le pharmacien Rahal à Meknès qui avait reçu un colis piégé, entraînant dans sa mort son père et ses enfants. Nous étions particulièrement révoltés et nous voulions agir. Je pense que cet état d’esprit a dû conduire le commandement de la Wilaya V à précipiter notre mobilisation.
Sur le plan social, quelle était l’origine des membres de cette promotion Larbi Ben M’hidi ?
Encore une fois, tous étaient issus, en règle générale, de familles de réfugies, de fonctionnaires au service du gouvernement marocain ou, accessoirement, de commerçants et d’agriculteurs établis au Maroc de longue date. La petite bourgeoisie, pour utiliser une formulation marxiste…
Abordons, si vous le permettez, un aspect lié aux attaches politiques des membres de cette promotion qui aurait comporté des marxistes avérés…
Il ne faut pas forcer les mots. C’était plus une coquetterie intellectuelle. Progressistes oui, les jeunes étudiants algériens l’étaient car ils ne pouvaient pas échapper au courant de l’histoire. A l’époque, les jeunes Algériens au Maroc qui vivaient dans un cadre totalement ouvert étaient influencés par les courants politiques contemporains. Il y avait des idées en l’air, celles du mouvement existentialiste de Jean-Paul Sartre comme celles du courant marxiste proprement dit.
La promotion aurait pourtant bel et bien comporté des marxistes…
Dire de quelqu’un qu’il est marxiste, c’est supposer, sans doute, qu’il a une formation marxiste mais, surtout, qu’il est structuré dans un mouvement communiste. Ce n’était pas du tout le cas pour les membres de la promotion Larbi Ben M’hidi. Je me rappelle, tout particulièrement, de mon compagnon Youb Rahal (Tewfik). Il était féru de marxisme mais pas pour autant structuré dans un parti marxiste. Tombé au champ d’honneur, il avait, en effet, dans sa musette des paquets de cigarettes — il fumait beaucoup — et le fameux livre de Karl Marx Le Capital. S’il s’enflammait, il est vrai, lorsqu’il engageait une discussion sur les idées marxistes, c’est plus l’exercice intellectuel qui l’intéressait. C’était un homme attachant et patriote jusqu’à l’infini. C’est avec émotion que je me rappelle de lui.
La formation était francophone. Y avait-il des arabisants parmi les membres de cette promotion ?
Pratiquement, non…

À propos de cette promotion, juste pour l’illustration, pouvez-vous citer quelques noms de membres ayant eu une destinée nationale ?
L’un des membres les plus éminents de cette promotion fut paradoxalement et de facto, le colonel Houari Boumediene lui-même. Les cours étaient, en effet, enregistrés aussi bien que les conférences données tous les quinze jours par chacun des membres de la promotion. Houari Boumediene, qui avait succédé à Abdelhafidh Boussouf à la tête de la Wilaya V, n’avait probablement pas le temps de s’occuper de sa propre formation pendant la journée. Il ne fallait pas, au demeurant, qu’il soit avec nous. Cela aurait fait un peu désordre. Je n’en veux pour preuve que les bandes magnétiques qui partaient régulièrement tous les soirs au commandement de la wilaya et c’était lui qui les supervisait. Il est clair que superviser, c’est écouter, donc, forcément, s’imprégner du contenu. En vérité, il accordait énormément d’importance à notre promotion. Il venait périodiquement nous rendre visite et il attachait un grand intérêt à ce que la formation aboutisse dans les meilleures conditions possibles.
A ce propos, racontez-nous quelques anecdotes sur les inspections de votre promotion par le colonel Houari Boumediene…
«Alors les Arabes ! Ca va ?» c’était l’expression favorite par laquelle le colonel Boumediene nous interpellait à chacune de ses visites toujours nocturnes. Les autres membres du commandement de la Wilaya nous rendaient visite également. Le commandant Slimane (Kaïd Ahmed) qui aimait, particulièrement, notre compagnie n’hésitant pas à engager de longues discussions avec nous en abordant les questions les plus ardues et les plus inattendues comme, avec un sens certain de l’anticipation, le thème de «la réforme agraire». Le futur colonel Lotfi aussi se sentait proche de nous, mais c’est plus tard avec la mise en place du SLR de la Wilaya qu’il devint notre habitué.
Quels sont les membres de la promotion qui ont eu une destinée nationale ?
Il y avait, d’abord, ceux qui ont connu une carrière au sein des services de renseignement algériens post-indépendance. Je peux citer notamment le regretté Abdallah Khalef (Merbah), Ali Tounsi (Ghaouti), le défunt Ahmed Zerhouni (Ferhat) et bien d’autres encore. Vous avez aussi les ambassadeurs de l’Algérie indépendante à travers Hadj Azzout (Nacer) et Mohamed Laâla (Kaddour). Il y a au aussi d’éminents membres du Conseil de la révolution en la personne de Chérif Belkacem (Djamel), sans oublier les futurs ministres comme Abdelaziz Maoui (Sadek), Noureddine Delleci (Rachid) et Abdelhamid Temmar (Abdenour) et Abdallah Arbaoui (Nehru).
Il y a eu, par contre, des membres de la promotion dont le destin fut tragique. Vous les évoquez avec émotion…
Avec émotion, c’est peu dire… Treize de nos compagnons sont tombés au champ d’honneur. Ils sont morts à l’intérieur du pays au cours d’opérations militaires. Je crois que vous avez en main la liste de tous les membres de la promotion avec des précisions sur ceux qui ont sacrifié leur vie au service de l’indépendance de l’Algérie. Il faut absolument s’acquitter de ce devoir de mémoire qui consiste à cultiver le souvenir de ces héros. J’ai en mémoire, outre le nom de Youb Rahal (Tewfik) que j’ai évoqué déjà, celui de Mustapha Khalef (Chakib), un exemple singulier de courage. Fait prisonnier au cours d’une opération militaire en Algérie, il avait fait preuve de tant de conviction et de résistance voire d’insolence qu’il fut abattu au cours d’une «corvée de bois»… Vous venez de réveiller en moi le souvenir attachant de Yahia Mahmoud (Benamar), enfant unique d’une famille de grands commis de l’administration royale marocaine à Agadir et qui présentait la particularité de ne pas maitriser l’arabe, même dialectal. Après notre formation, il fut dépêché en territoire algérien et il s’intégra si harmonieusement au sein de l’ALN en zone VII qu’il refusa de rejoindre les bases arrières de la Wilaya V. Il mourut quelque temps plus tard au combat…
Quelle est la nature de la formation militaire que vous aviez reçue ?
Nous étions destinés initialement, faut-il le rappeler, à servir dans le corps des contrôleurs de la Wilaya V à l’intérieur du pays. Nous devions nous préparer, militairement, à assumer des tâches opérationnelles. C’était le but de notre formation. C’était tout le sens du stage militaire que nous avions subi et dont le maître d’œuvre fut, incontestablement, Abdallah Arbaoui dit Nehru, c’était un sous-officier valeureux, déserteur de l’armée française, un véritable baroudeur. Il est mort, il y a quelques années à peine, d’une maladie incurable dans une grande solitude morale. Le programme militaire comprenait le combat de rue, la progression sur le terrain, le parcours du combattant, le maniement des armes et des explosifs, les marches de combat, les tours de garde, l’ordre serré, le close-combat et même la pratique des arts martiaux. Abdallah Arbaoui était assisté d’un instructeur algérien formé en Egypte. Il s’agit du défunt Ahmed Makari (Sadek). Il parlait en arabe égyptien mais enseignait, à la perfection, le maniement des armes et des explosifs. Deux matières qu’il maitrisait grâce au stage qu’il avait suivi en Egypte avec celui qui n’était encore que Mohamed Boukharouba. Nous goûtions au bonheur de manipuler des armes tout à fait modernes qui étaient très efficaces contre l’armée française. Je cite les MG 34 et les MG 42 ; c’étaient des mitrailleuses légères utilisées par l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, particulièrement efficaces contre l’aviation. Je cite aussi les armements disparates provenant d’Irak ou de Libye. Je pense à cette fameuse «Essefra», la mitrailleuse Lewis anglaise de la Première Guerre mondiale. Je ne saurais oublier ces fusils français de la Première Guerre mondiale, surtout les 7/15 et les 88/93, qui étaient plus hautes que nous. C’était un peu ridicule, bien sûr que nous n’allions pas utiliser ces fusils car nous allions trouver d’autres armes, sans doute plus modernes, à l’intérieur du pays. La pratique des arts martiaux était, pour nous, un moment de plaisir. C’était un instructeur sourd-muet, Fethi de son nom de guerre, qui nous initiait au close-combat. Je dois souligner que j’étais moi-même instructeur en armement et dans la progression en terrain de combat. J’avais suivi une préparation militaire approfondie que les Français nous offraient imprudemment, un cours de certificat interarmes et un autre cours de mécanique sur l’aviation militaire. Au moment où je portais, aussi, un intérêt intense à tout ce qui se rapportait à la guerre car je pressentais que, tôt ou tard, nous allions devoir combattre le colonialisme.
Cela explique que vous ayez reçu une affectation en rapport avec des tâches, exclusivement, militaires…
Oui, peut-être. En tous les cas, cette passion de l’art militaire m’a causé du tort. Je me rappelle que je me livrais à un exercice que j’appréciais par-dessus tout. Recopier des schémas éclatés d’armement que je prélevais d’un livre de références de l’armée française qui contenait l’art de la guerre et des descriptifs d’armement. Quelqu’un avait imprudemment renversé de l’encre de Chine sur ce livre précieux mais c’est moi qui fus accusé. Je dus subir ma première sanction dite «la sanction du tombeau ». Deux ou trois jours durant, il fallait rester couché, jour et nuit, au fond d’une tombe avec une sentinelle au dessus de la tête. 
Venons-en à la composition de l’équipe pédagogique. Le commandant du centre était Laroussi Khelifa…
Effectivement, c’était lui le responsable du centre. L’équipe pédagogique se composait, autrement, de Belaïd Abdesslam, Noureddine Delleci (Rachid), Abdelaziz Maoui (Sadek) et Mustapha Moughlam (Djaâfar). Comme je le soulignais, Maoui, Delleci et Moughlam comptaient aussi parmi les stagiaires. 
Quelle était la substance du programme d’enseignement théorique ?
De manière schématique, cette substance correspondait à la répartition des tâches décidée entre les membres de l’équipe pédagogique. En premier lieu, Laroussi Khelifa était responsable du stage tout en dispensant un cours d’institutions politiques. Belaïd Abdesslam enseignait l’histoire du mouvement national algérien. Noureddine Delleci avait en charge l’économie politique, Abdelaziz Maoui le droit et Mustapha Moughlam, l’histoire de l’antiquité. La formation militaire était supervisée par Abdallah Arbaoui. 
A propos, en quoi consistait le cours de Belaïd Abdesslam ?
Vous venez vous-même d’en indiquer l’esprit, puisque vous dites que Belaïd Abdesslam vous a dévoilé, au cours d’un entretien, qu’Abdelhafidh Boussouf lui a notifié l’instruction suivante : «Faites comprendre aux membres de la promotion que le 1er novembre 1954 n’était pas tombé du ciel…». Une consigne pleine de sens. Avec Belaïd Abdesslam, nous découvrions, émerveillés, le mouvement révolutionnaire algérien. Nous avions, auparavant, une très vague idée du PPA, du MTLD, du CRUA, de l’UDMA et des Ulémas. Avec lui, nous étions au cœur des tensions et des divergences idéologiques qui existaient au sein du mouvement national. Nous allions réellement dans le détail des choses en découvrant un monde nouveau. Nous comprenions les origines de la guerre de Libération nationale à travers les racines lointaines du mouvement national qui remontaient jusqu’à l’Etoile Nord africaine. Incontestablement, le cours de Belaïd Abdesslam a été celui qui a laissé la plus forte empreinte sur nos esprits. Il faut dire, par ailleurs que Mustapha Moughlam lui-même nous instruisait sur l’histoire éternelle de l’Algérie qui remontait jusqu’à Massinissa et Youghourta. 
Pouvez-vous décrire, plus en détail, les disciplines enseignées ?
C’était un véritable patchwork. D’abord, la formation politique et administrative avec l’organisation territoriale et les institutions politiques et administratives. La Science politique avec toutes les problématiques liées à l’organisation de la société (structures sociales, intégration sociale, problèmes ouvriers, formation politique et syndicale) et la communauté internationale (l’Etat et la société internationale, les conflits internationaux, les organisations internationales). L’économie politique avec même l’économie sociale et la politique des revenus. L’histoire du mouvement national dont j’ai suffisamment parlé avec, enfin, l’histoire de l’antiquité, enseignée de main de maître par El Hadi Moughlam qui nous conviait à une immersion passionnante dans la nuit des temps.
En somme, vous étiez satisfaits des enseignements que vous receviez ?
Honnêtement, oui. C’était, réellement, et j’insiste là-dessus, des cours magistraux. Je n’avais jamais pensé que nous pouvions trouver, du côté des enseignants autant de rigueur dans le souci d’enseigner efficacement et, de notre côté, autant de souci de bien recevoir la formation, c'est-à-dire en s’appliquant le plus possible. Nous avions acquis de la hauteur de vue et nos convictions patriotiques s’étaient renforcées. Peut-être l’osmose qui existait avec le corps pédagogique a-t-elle joué un rôle. Abdallah Arbaoui qui assurait la défense et la sécurité de la promotion n’en suivait pas moins, avec nous, les cours théoriques. De même, je me rappelle, par exemple, je crois même que je garde la photo-de Noureddine Delleci participant, en tenue de combat, à un exercice sur la manière de s’introduire en armes dans une maison suspecte. En résumé, je considère que nous avions reçu une formation sérieuse. Sur le plan théorique, c’était, quasiment, un enseignement du niveau de deuxième année de licence de l’époque, parfaitement comparable à celui qui était dispensé au sein de l’École nationale d’administration française. Sur le plan militaire, je n’exagère pas en affirmant que nous avions suivi une formation plus valorisante que celle que les jeunes Français recevaient dans le cadre du cours de leur Certificat inter-armes. La seule contrainte que nous avions rencontrée était celle du temps. Il fallait faire très vite et cela ne permettait pas à l’ensemble des stagiaires d’acquérir, au même titre que la formation théorique, l’expérience du combat.
Quelles étaient vos conditions de travail au plan pédagogique ?
Je me souviens, surtout, de la compétence des professeurs qui ne ménageaient pas leurs efforts pour nous transmettre leurs connaissances dans les meilleures conditions possibles. Certes, les conditions matérielles faisaient défaut. Mais, nous disposions de la radio pour rester en contact avec le monde extérieur. Nous recevions, aussi, des bulletins qui nous parvenaient du commandement général de la wilaya d’Oran, autre appellation de la Wilaya V. Ces bulletins nous servaient d’illustration pratique pour commenter les opérations militaires de l’ALN et discuter du combat politique du FLN. Nous recevions, également, la presse. Un peu disparate. La bibliothèque était relativement fournie. Il est vrai qu’elle le sera beaucoup plus lorsque sera institué le Service des liaisons et renseignements de la Wilaya V. 
Des grades vous avaient été attribués ?
Non, naturellement. Cependant, nous manifestions le respect absolu à l’encadrement pédagogique. Comme cet encadrement partageait avec nous la formation proprement dite, il existait entre nous une réelle complicité. 
Quelles étaient vos conditions de vie ? Vous perceviez une solde ? Vous bénéficiiez de permissions ?
Nous recevions le nécessaire pour notre hygiène et nous ne bénéficions pas de permissions, donc nous n’avions pas besoin de moyens financiers.Comment se déroulait votre évaluation tout le long de cette formation ?
Je pense que l’évaluation se faisait sur le tas. Grâce, notamment, aux conférences périodiques présentées par les stagiaires. Tous les quinze jours, en effet, une conférence était présentée par l’un des stagiaires. Personnellement, je me rappelle avoir présenté l’une de mes conférences autour du thème «Grandeur et décadence de l’Empire ottoman». Pourquoi avoir retenu ce titre et non pas un autre ? Pour une raison bien prosaïque. J’avais évoqué l’état du sultan Salim I rendant l’âme «ivre mort» ; ce qui déclencha, à mon grand étonnement, l’hilarité de mes compagnons. Il me fallait donc ensuite non seulement «corriger» mon français mais argumenter aussi la remarque ironique qui reflétait l’état d’esprit prévalant au sein de l’empire ottoman décadent. Pour la partie militaire, c’était plus simple. Je pense que nous étions «notés» au moment même où nous accomplissions notre instruction.
A l’issue de votre formation, quels critères ont présidé à vos affectations ?
Je me souviens d’une scène précise. A la fin de la formation militaire, un membre important du Commandement général de la Wilaya V (je ne me souviens plus qui) s’était présenté avec une liste. Nous étions au garde-à-vous et il égrenait les noms avec une affectation pour chacun. Au fur et à mesure, des groupes se formaient qui partaient vers des destinations données. J’ignore à ce jour la manière dont la sélection s’est effectuée. Elle devait être probablement établie de manière tout à fait empirique.Une partie de la promotion dont Cherif Belkacem (Djamal), Hassen Bendjelti (Abderazak), Ahmed Bennai (Hassan), Sid-Ahmed Osman (R’zine), Mustapha Khalef (Kamel), Abderrahim Settouti (Bouzid) et Ali Tounsi fut dirigée sur les maquis à l’intérieur. Un autre partie fut affectée à l’état-major d’Abdelhafidh Boussouf pour constituer l’ossature du SRL de la Wilaya Vpuis, peu plus tard, des services de renseignements du Malg lui-même aussi bien à vocation militaire que politique. Enfin, quelques membres furent affectés au CDF, Commandement des frontières. C’est a postériori, seulement, que j’ai pu reconstituer cette répartition. Il aurait été impensable de s’y intéresser à la question dans le contexte de l’époque.
La fin de la formation a-t-elle donné lieu à une cérémonie ?
Pas du tout. La formation a pris fin le 31 décembre 1957. Mais je me rappelle, seulement, du départ des premiers groupes qui devaient rejoindre l’intérieur du pays. J’ai eu connaissance, plus tard, des conditions singulières par lesquelles certains avaient rejoint leur affectation. Certains avaient été contraints d’apprendre à monter à cheval — comme Ali Tounsi — d’autres avaient franchi les frontières par des moyens de fortune, pas loin des barbelés déjà mis en place, efficacement. D’autres enfin sont montés à bord d’un camion pour s’enfoncer à l’intérieur du territoire algérien à travers des zones où les barbelés n’existaient pas encore. Ceux qui étaient restés sur place ne savaient pas qu’ils allaient exercer au sein du nouveau SRL de la Wilaya V qui aura pour responsable Khelladi Mohamed (Tahar) assisté de Boualem Bessaïeh (Lamine). J’ai été moi-même affecté à la section militaire générale commandée par Safar puis désigné un peu plus tard comme chef du service LGR Est implanté à Ghardimaou et placé pour emploi auprès de l’état-major de l’ALN. Notre mission consistait à assister l’état-major général de l’ALN en le pourvoyant quotidiennement en renseignements opérationnels.
Votre promotion a fini, cependant, par constituer l’ossature des services de renseignement durant la guerre de Libération nationale. Pensez-vous qu’Abdelhafidh Boussouf songeait déjà à cet usage lorsqu’il avait décidé de mettre sur pied la promotion Larbi Ben M’hidi ?
Nous avions reçu une formation polyvalente comme je l’ai déjà évoqué. Il est certain, cependant, que l’importance du renseignement a déteint sur notre enseignement. Et, par la force des choses, sur notre utilisation plus tard. Abdelhafidh Boussouf avait saisi qu’il fallait absolument maîtriser la fonction du renseignement. Les liaisons comme le renseignement devenaient des fonctions vitales pour la survie du mouvement révolutionnaire, cela, il l’avait bien compris. 
Abdelhafidh Boussouf pour avoir perçu tôt l’importance du renseignement avait donc une longueur d’avance sur ses compagnons…
Pour être plus nuancé, l’importance du renseignement a dû apparaître à l’ensemble des chefs de l’ALN. Abdelhafidh Boussouf s’est distingué, cependant, par son intuition psychologique ainsi que son génie organisationnel qui fut servi par la profusion de moyens dont il a pu disposer au Maroc. Il disposait, en effet, des équipements de transmission acquis auprès des unités américaines installées au Maroc ainsi que la riche ressource humaine offerte par la communauté algérienne établie dans ce pays. A cela s’ajoutent des possibilités offertes par le territoire marocain où les centres de formation de l’ALN — et généralement toutes ses bases-arrières, sans être totalement à l’abri de l’ennemi — quelques-unes furent d’ailleurs bombardées — bénéficiaient d’une certaine protection. 
Revenons, plus spécialement, à la promotion Larbi Ben M’hidi. Vos compagnons évoquent un livre d’or…
Ce livre d’or, Abdallah Arbaoui l’avait conservé à la fin de la formation militaire. De quoi s’agit-il ? Au moment où chacun d’entre nous s’apprêtait à rejoindre un destin dont il ignorait tout, nous devions écrire quelques lignes sur un registre pour livrer nos impressions. C’était assez pathétique car nous savions que la mort pouvait nous attendre le lendemain. Pour ce qui me concerne, j’ai souvenir d’avoir écrit quelques lignes sur l’adhésion au mouvement révolutionnaire et l’indépendance, que nous savions certaine, de l’Algérie. Bien sûr, il est poignant de lire les lignes écrites par ceux de nos compagnons qui sont tombés au champ d’honneur. En ce sens, je crois que ce document est un patrimoine national. Il est, actuellement, détenu par l’Association des anciens du Malg. 
Vous considérez que la solidarité de corps entre les membres de cette promotion a survécu à l’épreuve du temps ?
Ma réponse sera mitigée. Cela peut sembler une réponse de circonstance, pourtant elle reflète la vérité. Chaque fois que les membres de la promotion se rencontrent, ils se retrouvent avec beaucoup d’émotion. Nous évoquons avec un esprit de fraternité ce qui nous rattache. Il n’en reste pas moins que le destin nous aura dispersés avec des itinéraires différents qui nous ont éloigné les uns des autres. Forcément, la charge de la passion collective s’en ressent. Mais, transcendant ces impondérables de la vie, nous ressentons ensemble le bonheur immense d’avoir contribué de toutes nos forces à l’indépendance de l’Algérie. Nous l’avons fait sans chercher de compensation. Nous avions même, si vous le permettez, par humilité, enfoui en nous-mêmes notre propre passé. Certes, les contraintes du cloisonnement et la culture du secret nous ont toujours imposé une attitude de discrétion absolue. C’était la nécessité du combat. S’il arrivait qu’on nous prête un prestige ou une réputation hors de commun, c’était sous le bénéfice de l’anonymat. Le temps n’est-il pas arrivé de mettre des visages sur tous les exploits réussis dans le domaine du renseignement par la révolution algérienne ? Surtout lorsqu’il s’agit, à travers ces faits de guerre, de cultiver le souvenir de nos compagnons tombés au champ d’honneur… 
Justement ce prestige et cette réputation vont vous coûter après l’indépendance. Des cadres du Malg, notamment ceux qui ont suivi cette formation, ont été pratiquement mis à l’écart après l’indépendance. Vous m’avez montré la fameuse lettre d’Abdelhamid Temmar où il vous disait qu’«il traînait la savate à Alger». Pourquoi donc ceux qui sont appelés les «malgaches»faisaient peur à ce point aux hommes politiques de l’époque ?
Vous connaissez le proverbe «lorsque deux taureaux s’encornent, c’est l’herbe qui est piétinée.» Rappelez-vous le contexte dans lequel nous avions rejoint l’ALN. Nous avions accepté de nous dépersonnaliser et de nous mettre, sans murmure, à la disposition du mouvement de libération nationale. Nous étions très jeunes à l’époque. Les chefs nous indiquaient la direction à suivre et le reste ne nous regardait pas. Nous n’étions pas des hommes politiques. Nous étions des combattants au sens plein du mot. Nous n’avions jamais agi de notre initiative. Nous avons toujours obéi à nos chefs. C’est cette culture du devoir avec la rigueur qu’elle implique qui constitue la source de nos désagréments. Mais je ne regrette rien de ce que j’ai accompli au service de mon pays. Si c’était à refaire, j’effectuerais, en toute modestie, les mêmes choix. 
Au cours de l’entretien qu’il m’a accordé, Belaïd Abdesslam a évoqué Si Merbah à l’image d’un grand bachoteur…
Si Merbah était très méticuleux, il n’y a pas plus méticuleux que lui. Plutôt que bachoteur, je dirais plutôt qu’il était intelligent, méthodique et déterminé. C’était déjà un homme de l’ordre, prédestiné à ses futures fonctions. Il n’était pas trop communicatif, mais il était très humain. Incontestablement, le pays a perdu en lui un leader d’exception. 
Vous ne vous rappelez pas d’un souvenir cocasse intervenu au cours de la formation que nous venons d’évoquer ?
Le cousin de Merbah, Abdelkader Khalef (Kamal) a failli me tuer après l’avoir installé comme sentinelle. Il fallait, en effet, donner le mot de passe en arrivant à sa hauteur. Comme c’était l’obscurité totale, je ne le voyais pas et je redoutais qu’il n’ait quitté son poste. J’allongeais alors mon bras jusqu’à toucher un canon d’un fusil. C’était le canon de son fusil au moment où le déclic de la queue de détente se faisait entendre. J’avais touché le canon de son fusil, un 7/15, au moment où il tirait sur moi. Je lui ai alors brusquement pris le fusil des mains et, ouvrant la culasse, je découvris avec stupeur, au toucher, que la cartouche venait d’être tirée mais n’avait pas été percutée. Je venais d’échapper à une mort certaine. 
A propos de formation de cadres du renseignement au profit de l’ALN, il semblerait qu’une autre promotion ait vu le jour, plus tard, en 1958 en Tunisie…
Il faut préciser que la promotion Larbi Ben M’hidi n’était pas destinée exclusivement à former des cadres du renseignement. Son objectif consistait, en premier lieu, à améliorer l’encadrement militaire de la Wilaya V. C’est sous l’emprise des évènements que ses membres furent déviés vers des missions exclusives de renseignement. La promotion dont vous parlez remonte à l’année 1958. Il s’agissait d’une vingtaine de stagiaires prélevés sur le contingent destiné aux unités de l’ALN à l’Est. Ces vingt éléments ont été choisis en fonction de leurs aptitudes aux activités de renseignement. Parmi eux, des cadres qui occuperont d’éminentes responsabilités, celles de chef des services de renseignement. Ces stagiaires ont suivi dans la banlieue de Tunis une formation spécifique dispensée par des enseignants où figuraient des cadres de la promotion Larbi Ben M’hidi, Abdelaziz Maoui (Sadek), Ahmed Zerhouni (Ferhat) et Mohamed Morsly (Abdelaziz). Ces stagiaires ont été affectés à des tâches liées, strictement, au renseignement militaire dans le cadre de la mise en place des unités de combat au titre du COM Est et du COM Ouest puis de l’état-major général de l’ALN. Plus tard, vers 1961, ce fut la fameuse promotion dite «Tapis rouge» à la faveur de laquelle, pour la première fois, des cadres algériens du renseignement ont pu suivre une formation de type classique auprès d’un service de renseignement étranger ayant pignon sur rue, en l’occurrence le KGB. Si j’ai évoqué cette succession de promotions, c’est pour bien démontrer que la promotion du capital intellectuelle du cadre du Malg a été une préoccupation constante chez Abdelhafidh Boussouf. 
Les remarques récurrentes qui distinguent entre combattants de l’intérieur et combattants de l’extérieur vous affectent-elles ?
Au plan de la raison, je me suffis de renvoyer les auteurs de ces remarques au contexte de l’époque. Nous avions rejoint l’Armée de libération nationale sans préjuger de la manière ni du lieu où nous allions être dirigés pour servir à la libération du pays. Dans nos affectations, la part de l’impondérable était totale. Nous n’avions nullement le droit de discuter de notre affectation. Nous n’y pensions même pas. Si ces critiques veulent suggérer que nous étions des «planqués», il leur faut s’informer davantage sur le déroulement de la guerre de Libération. Pourvoir les organes dirigeants de la Révolution en renseignements fiables et garantir en même temps leur sécurité. Telle était notre mission que nous avons accomplie grâce aux exploits réalisés par les cadres du Malg dont l’épopée sera, un jour, connue. Au plan émotionnel, cette fois, les remarques que vous évoquez soulèvent en moi une montagne d’amertume. C’est le souvenir de mon jeune et intrépide compagnon Benaroussi M’hammed (Lamine) qui me vient à l’esprit. Benjamin de la promotion, âgé à peine de 17 ou 18 ans, nous l’appelions «l’Ange». Arrêté, les armes à la main, en Wilaya V, il fut ramené à Alger puis abattu de sang-froid au Casino sur la corniche algéroise qui servait de lieu de torture pour les unités DOP de sinistre renom. Nous étions, en fait, animés par un tel esprit de discipline que chacun des membres de la promotion aurait pu se trouver à la place de ce jeune compagnon qui fut assassiné de sang-froid. 
Finalement, nous pouvons retenir que l’histoire de la première promotion de cadres de la Wilaya V et l’épopée des services de renseignements durant la guerre de Libération nationale sont intimement liées au nom d’Abdelhafidh Boussouf. Avec le recul, quels sentiments évoque en vous cette figure disparue de la Révolution ?
Un sentiment de grande admiration. Il fut, en effet, un modèle d’engagement et d’exigence. Un sentiment de reconnaissance, aussi. Il nous a inculqué le sens du sacrifice pour la patrie et la passion du travail parfait. Sans l’empreinte d’Abdelhafidh Boussouf qui nous a, pour ainsi dire, façonné à son image, nous n’aurions jamais pu nous distinguer à travers le dévouement, la détermination et la rigueur qui nous furent reconnus. L’aspect le plus méconnu d’Abdelhafidh Boussouf concerne, cependant, le détachement qu’il a manifesté vis-à-vis de l’exercice du pouvoir. A la veille de l’indépendance, il avait refusé de s’impliquer dans le conflit qui opposait l’état-major au GPRA qu’il assimilait à une lutte fratricide. Il nous avait expressément recommandé une attitude de neutralité, nous adjurant, avec une rare conviction, de regarder résolument vers l’avenir en réservant nos forces à la reconstruction de l’Algérie. 
Considérez-vous comme normal que le silence continue d’être entretenu à propos de l’histoire des services de renseignements algériens pendant la guerre de Libération ?
De même que Belaïd Abdesslam nous avait enseigné que le 1er Novembre était le résultat d’un processus historique où nos aînés avaient joué un rôle essentiel, de même avons-nous le devoir de convaincre nos cadets que la libération du pays est le résultat du sacrifice de ceux qui, plus âgés qu’eux, dans les rangs de l’ALN et du FLN, ont combattu vaillamment, parfois, jusqu’à mourir au champ d’honneur. Je crois que nous sommes arrivés à un point où le voile finira par être levé sur tous ces aspects méconnus de la guerre de Libération nationale. Si auparavant le silence avait été maintenu, c’est probablement qu’il existait d’autres priorités. Aujourd’hui, nous sommes parvenus à un degré d’évolution dans les consciences qui nous permet d’examiner sereinement l’histoire de notre pays. Dans toutes ses dimensions et sans complexe. Nous pouvons évoquer beaucoup de choses sans avoir à en rougir car l’histoire de nos services de renseignement est jalonnée de faits de guerre. Certes, ce que nous avons accompli et dont nous pouvons témoigner est insignifiant en comparaison du sacrifice de ceux qui ont perdu leur vie. Je ne doute pas, de ce point de vue, que la jeunesse algérienne est avide d’exemples capables de la réconcilier avec la fierté nationale. Pour être passé par elle, je connais bien l’étape décisive de la jeunesse où toute la vie est questionnement. Je ne doute pas que celui-ci conduirait nos cadets interpellés par le devoir national à livrer, sans hésiter, le même combat que celui que nous avions livré, mes compagnons et moi-même. 
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Bio-express du colonel Ali Hamlat alias El-Hadi, alias si Yahia
Né à Alger en 1936, le colonel Ali Hamlat passe son enfance à Maison-Carrée (El-Harrach) où, très tôt, il est initié à la cause nationale dans les rangs des Scouts musulmans algériens. Il rejoint le Maroc à l’âge de 12 ans où son oncle s’était établi. Elève en mathématiques et techniques dans un lycée de Meknès, il profite de sa formation de certificat interarmes dispensée aux lycéens par l’armée française implantée au Maroc pour s’imprégner des techniques de guerre et d’armement. Féru de connaissances scientifiques et techniques, il est aussi breveté de l’enseignement industriel. Après la grève de l’Ugema dont il fait partie, il rejoint, en 1957, la Wilaya V pour intégrer, aussitôt, la première promotion des cadres qui venait d’être formée. A l’issue de cette formation, il participe à la mise en place du Service des renseignements et liaisons du commandement général de la wilaya de l’ouest, puis est désigné chef du service LGR Est (Liaisons générales et renseignement), structure opérationnelle du Malg placée pour emploi auprès du commandement de l’ALN à Ghardimaou. Il suit, à la fin de l’année 1961, au sein de la promotion «Tapis rouge», une formation spécialisée destinée aux cadres du Malg dans l’ex-Union soviétique. A l’indépendance, il choisit de continuer sa carrière au sein de l’ANP et se voit confier la responsabilité des services techniques de la direction de la Sécurité militaire. Parallèlement, il suit des études de droit à l’Université d’Alger. Après la mort du président Boumediene, il est désigné en qualité d’attaché de défense, respectivement à Cuba, en Tchécoslovaquie et en Allemagne, avant de prendre sa retraite. Le colonel El-Hadi écrit actuellement ses mémoires tout en se consacrant à la Fédération algérienne de tir sportif qu’il préside.
 
********************************************************
Sources:http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/06/23/article.php?sid=69939&cid=2
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/06/24/article.php?sid=69987&cid=2


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MessagePosté le: Dim 7 Juin - 14:01 (2009)    Sujet du message: Publicité

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amanar


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MessagePosté le: Dim 5 Juil - 17:06 (2009)    Sujet du message: Naissance des Services Secrets Algeriens au Maroc Répondre en citant

On a lu cet archive du passé
aujourd'hui, on est face a un autre dylemme;

À la manière des monarques d’une dynastie, tous les régimes algériens qui se sont succédé au pourvoir ont apporté, chacun, sa contribution, son empreinte personnelle, au renforcement de l’armée nationale populaire (ANP).
Naturellement, personne à Alger ne s’est soucié de la solidité du socle sur lequel est bâti cette gigantesque entreprise: le tissu économique et les autres paramètres qui le sous-tendent. C’est un peu comme si on édifiait un gratte-ciel sur des fondations destinées à un immeuble de 5 étages. Des armes; toujours des armes. Des mots. Toujours des mots: puissance, hégémonisme. Volonté d’être la locomotive et pourquoi pas de l’Afrique toute entière. Après la faillite des idéologies, l’Algérie compte par ce biais redéfinir sa nouvelle politique étrangère.
Les pétrodollars sont là pour permettre à L’ANP de disposer des effectifs et de la puissance de feu pour servir ce «grand dessein»...
l4algerie prepere la guerre, mais elle risque de la perdre avant de la commencer ..


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:36 (2017)    Sujet du message: Naissance des Services Secrets Algeriens au Maroc

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